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Le Thé des Ecrivains

chroniques & portraits


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L’ABCThé de Jean-Claude Zylberstein

Il a les mains fines du pianiste qu’il aurait aimé être s’il n’avait croisé la prose de Jean Paulhan. Il a le regard noir, rond et perçant, de l’avocat que la nature humaine n’étonne plus. Il a la silhouette du jeune homme, lettré et fan de jazz, qu’il était à vingt ans lorsqu’il a poussé la porte du Nouvel Obs, à peine arrondie par les années passées à fureter dans les bibliothèques et les catalogues pour dépoussiérer les auteurs oubliés. Sur la petite estrade en bois du salon du Thé des Ecrivains où il a pris place en cette tiède soirée de juin, pas loin des boîtes de matcha et autres feuilles séchées venues d’Inde, du Japon ou de Chine, la veste bleu marine impeccablement assortie au polo, ce trublion de l’édition française nous fait partager les mots qui ont rythmé sa vie.

 A comme Amérique

J’ai un tropisme avec les Etats-Unis ! Inconsciemment, j’associe encore et toujours le pays à la Libération et au jazz. Deux choses essentielles et fondatrices pour moi. Logé sur les épaules de l’homme qui m’avait caché pendant la guerre, j’ai fêté l’arrivée des Alliés en agitant un drapeau américain et en égrainant les noms de tous les jazzmen que je connaissais. Duke Ellington, Benny Goodman… Je croyais que c’était parler anglais que de prononcer ces mots devant les GI’s qui me souriaient et me distribuaient trois fois plus de bonbons et de rations qu’aux autres ! Je garde du Débarquement une émotion très vive. Ca me fend le cœur, comme dirait Marius. Plus tard, j’ai investi les écrivains américains avec la même confiance viscérale.

B comme Brel

J’ai plaidé différentes affaires pour la succession de Jacques Brel. Il y avait notamment une marque de Jean’s au Brésil qui avait pris comme étiquette « Ne me quitte pas ». L’éditeur international de Brel n’y avait pris garde et j’ai obtenu la résiliation des contrats. J’ai aussi défendu Daft Punk contre France 2 qui avait utilisé un extrait d’un de leurs disques comme fond sonore d’une émission. J’ai demandé un euro symbolique et que la chaîne diffuse un message déroulant d’excuses avec voix off autant de fois que le morceau de musique avait été entendu, soit vingt-quatre fois en quarante huit heures ! Ce sont des plaidoiries très intéressantes qui en disent long sur notre société. Lire la suite

 Newsletter du 17 octobre 2014

Baroudeuses & Femmes du monde

Il paraît qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient. Au risque de m’attirer les foudres de mes soeurettes de Beauvoir, je ne suis pas d’accord. On naît femme. On est femme. Avec des seins, des hanches et un vagin. Avec des mots et des émotions éclatées par nos hormones, tordues par des siècles et des siècles de culture machiste. Amen !

Ce qui n’empêche pas certaines d’entre nous d’avoir envie de relever les mêmes défis que nos bonhommes. Le même besoin XXL de se dépasser. D’aller plus loin, plus vite, plus fort malgré nos petites jambes. Non, la soif des grands espaces, l’appel du large et le goût du danger ne sont pas réservés aux hommes. Non, la curiosité et l’audace ne sont pas l’apanage de nos Jules et autres Goliath.

Depuis les premières exploratrices qui ont traversé le monde au XVIIème siècle en corsets et robes à froufrous, découvrant le parfum sucré épicé de l’émancipation, jusqu’aux voyageuses d’aujourd’hui arpentant les routes de l’humanitaire, de l’écologie, de la politique, de la culture ou juste du quartier, elles ont toutes ont en commun une capacité dingue d’adaptation. La volonté sculptée affûtée de jouer un rôle dans la société. Leur rôle, leur rêve. Certaines escaladent des montagnes, traversent des déserts des océans des forêts, s’embarquent à bord d’un char, d’un navire ou d’une navette spatiale, manient les armes, les concepts et les mots. D’autres, grandes gueules intrépides, sont espionnes, muses, artistes, criminelles, bourlingueuses, pionnières, féministes, résistantes, putes ou amoureuses. Mais elles ont toutes en commun un truc : repousser les limites de leur corps pour n’en faire qu’à leur esprit. Ainsi soient-elles.

La thématique Tac de Miss Thé  – Newsletter du 17 octobre 2014

Danse avec la nuit

La nuit n’a pas la même couleur pour tout le monde. Blanche pour les fêtards gueulards qui ne jurent que par les bars sombres et les endroits où se tortiller en musique, se mélanger et se tortiller encore en refaisant le monde, cri après cri et verre après verre. Bleue pour les bosseurs à l’uniforme de la même teinte, veilleurs de parking, gardiens de nuit, laveurs de bureaux et ouvriers en trois huit. Jaune pour les filles et les garçons de joie sous les néons explosés des hôtels de passe et les ampoules brisées des impasses. La nuit n’a pas la même couleur pour tout le monde mais qu’est-ce que ça peut foutre ?

Les masques tombent quand le jour se couche. Les codes se transforment, les regards se voilent, les ombres s’allongent. A l’endroit ou à l’envers, les corps s’expriment. Une envie d’en découdre, de décrocher la lune ou un sourire, la promesse de ne pas rester seul. Ici, ce sont des bagnoles qui crament entre chien et loup comme entre parenthèses. Là, des mots qui brûlent. Là encore, des robes du soir ou des chemises de nuit qui valdinguent dans l’obscurité. Dans la rue comme dans la chambre à coucher, les attitudes changent après minuit. Le ciel se recroqueville et tout est permis. Autre liberté, autre identité. Le ciel se recroqueville et les chats dansent. Il n’y a même pas besoin d’être gris.

La thématique Tac de Miss Thé – Newsletter du 2 octobre 2014

Hôtels & Passages

Qui n’a jamais fui ? Pour s’échapper de soi, de l’autre ou d’un système. A l’heure de la mobilité bricolée en valeur, des voyages d’affaires, d’argent ou de cœur, partir redonne espoir. L’acte prend le pas sur le mot et tout le monde se barre. On saute dans un avion, un train ou un bateau pour attendre la suite, la promesse d’un avenir différent ou juste la nouveauté.  Il suffit d’une colère ou d’une envie.

Le nombre de migrants explose dans les camps de Calais. Les frontières s’effacent ou s’érigent au gré des gouvernements. Le tourisme devient mondial. Les appartements se troquent à des milliers de kilomètres. Les sites de rencontres se multiplient sur le net, petites mains sèches tendues entre des hommes et des femmes recalés de la grande séduction. Et puis, quoi ?

On découvre, on arpente, on parle, on fuit. Mais on s’affronte aussi. On se touche. On se perd. On se construit. Notre monde ne tourne pas rond mais au moins il bouge. Le frisson de sortir du chemin. La curiosité d’explorer d’autres pistes. L’aventure de poser ses habitudes à l’entrée d’un hall pour ouvrir une porte, prendre la tangente, un couloir feutré, une ruelle au hasard, monter dans un ferry et se réinventer une vie. C’est en allant et venant qu’on se rapproche et quelle meilleure façon d’être en vie.

La thématique Tac de Miss Thé – Newsletter du 18 septembre 2014